Une recension de « L’Esclave » par André Boyer

 

André Boyer
André Boyer

L’esclave.  Sous ce titre, Michel Herland brosse un triple fil romanesque autour de trois époques et de deux personnages centraux, Michel et Colette.

C’est un livre dérangeant qu’a bâti Michel Herland qui n’autorise pas le lecteur à rester indifférent. Le style classique, parfois poétique, nous confronte à des scènes souvent sensuelles et parfois d’une violence sans concession. Les personnages ont une épaisseur psychologique, les événements sont dramatiques, les dialogues portent sur des sujets qui nous interpellent, la religion, le sens de la vie, l’amour.

Ce sont trois romans en un qui nous sont proposés. L’histoire commence en 2081, loin devant nous, lorsque Colette apprend que Michel, son amour d’autrefois, vient de mourir à l’âge respectable d’un siècle, tandis que les amours de Colette et Michel datent de 2009. Deux visions cohabitent déjà, ces amours vus en 2081 sous la forme d’une série de lettres de Colette à l’adresse du cher disparu et le récit direct de cette rencontre en 2009.

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Complément aux chapitres 3 et 15 de L’Esclave – La présence des Sarrazins en Occident. 

Guerrier maure par Henri Delaborde, 1811-1899
Guerrier maure par Henri Delaborde, 1811-1899

A la fin du XXIe siècle, dans le roman, les « sarrazins » auront « reconquis » le sud de l’Europe. Le terme « Reconquête » (Reconquista) désigne habituellement la récupération de la péninsule ibérique par les chrétiens, après l’occupation de celle-ci par des musulmans omeyades puis almoravides venus d’Afrique du Nord. Le roman suppose donc l’existence future d’une nouvelle Reconquête, musulmane cette fois, sous l’impulsion d’un nouveau Califat basé à Téhéran.

Le terme « sarrazin » (ou « sarrasin ») est utilisé au Moyen-Âge pour désigner aussi bien les arabes et les berbères que les empires musulmans : d’abord omeyade (capitale Damas) puis abbaside (capitale Bagdad). Le monde musulman a englobé à partir de 711-715 (occupation de l’Espagne) des territoires situés en Europe méditerranéenne, laquelle restera un enjeu des guerres entre chrétiens et musulmans jusqu’à la chute du royaume musulman de Grenade (en 1492, fin de la Reconquista).

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À propos du chapitre 29 de L’Esclave : La démocratisation de l’enseignement supérieur

La faculté des lettres d'Aix-en-Provence qui abrite le département de philosophie
La faculté des lettres d’Aix-en-Provence qui abrite le département de philosophie

Si la démocratie se résume à la formule un homme (ou une femme) une voix, c’est-à-dire l’égalité parfaite, l’enseignement supérieur n’est pas absolument « démocratique » en France, puisque le baccalauréat demeure la condition de l’accès à l’université. Cependant le baccalauréat s’avère de moins en moins une barrière à l’entrée depuis, d’une part, l’instauration des bacs pros et, d’autre part, l’adoption par le ministère de l’Education du taux de réussite au baccalauréat comme un indicateur de performance. D’abord, les titulaires d’un baccalauréat professionnel ne sont pas – sauf les exceptions qui confirment la règle –  aptes à suivre les cursus théoriques et abstraits dispensés à l’université. Mais la priorité accordée au taux de réussite a un effet pervers encore plus grave, dans la mesure où elle affecte toutes les sections du baccalauréat, qu’elles relèvent de l’enseignement général, technologique, ou professionnel.

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« L’esclave » : un roman politico-philosophico-théologico-et-poético-érotique de Michel Herland

Par Quiestemont.

L’automne, est en France, la période où l’on parle le plus des livres, ou plus précisément des romans. Les éditeurs concentrent leurs publications sur cette période (qui s’étend en fait de la mi-août à la mi-novembre) et comptent sur l’effet « rentrée littéraire » pour en pousser quelques-uns. Cette année, 607 nouveaux romans sont ainsi proposés au public. Sur les 404 romans français, seuls 74 sont des premiers romans : quand on sait que le nombre des manuscrits reçus par les éditeurs chaque année se compte en milliers, on mesure combien sont minces les chances pour un auteur débutant de se faire publier par une de ces maison d’édition ayant pignon sur rue, dont tous les amateurs de littérature connaissent les noms et savent distinguer les jaquettes. Pour les nouveaux auteurs qui ne seront pas retenus dans le filet d’une sélection aussi impitoyable, il ne reste qu’à renoncer ou à se débrouiller par leurs propres moyens. Michel Herland, pour sa part, s’est adressé à l’un de ces éditeurs apparus avec l’ère  internet qui distribuent des livres électroniques (e-books) ou les impriment à la commande. Essayons de deviner les raisons pour lesquelles son livre, qui nous a personnellement passionné, n’a pas été retenu par les éditeurs patentés.

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Bonnes feuilles

« L’Esclave » de Michel Herland – Bonnes feuilles

1er extrait : le contexte géopolitique. Colette qui fut dans sa jeunesse la maîtresse de Michel, son professeur de philosophie, mais qui avait totalement rompu le contact avec lui, s’est mise à lui écrire, ayant appris qu’il venait de mourir, des lettres qu’elle ne pourra, bien sûr, jamais lui envoyer. Lettre du 21 mars 2082 (p. 203-205).

 

… Cette fois, les musulmans ne se sont pas contentés de faire sauter des bâtiments ou des métros et de tuer les gens qui s’y trouvaient pour leur malheur. Pour la première fois depuis le Moyen Âge, ils ont conquis un nouveau territoire et rayé de ce fait un pays de la carte. Cela n’a rien à voir avec le coup du Liban, en 2031, qui était en quelque sorte, plus « normal » : une majorité musulmane contraint la minorité chrétienne à l’exil, occupe ses terres et ses maisons. Ce fut alors plutôt un coup d’État qu’un acte de guerre. A posteriori, cependant, il apparaît que l’islamisation totale du Liban était le germe d’où est sorti l’événement majeur auquel nous venons d’assister. Tu sais bien sûr que, peu après le coup de 2031, les chiites majoritaires au Liban se sont fédérés avec ceux d’Iran pour former un seul pays. Ce que tu ignores, c’est que samedi dernier, à l’aube, le Grand Iran a lancé ses avions et ses chars contre Israël. En moins d’une semaine, tout était terminé. Tsahal n’était finalement qu’un tigre de papier à partir du moment où ses soldats avaient en face d’eux d’autres soldats aguerris et plus nombreux. Naturellement, ni les Israéliens ni les Iraniens n’ont osé faire usage de la bombe atomique qui aurait entrainé la destruction totale des deux pays. La dissuasion n’existe que si on est seul à détenir la bombe, or il y a belle lurette que l’Iran comme Israël sont des puissances nucléaires.

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