À propos du chapitre 29 de L’Esclave : La démocratisation de l’enseignement supérieur

La faculté des lettres d'Aix-en-Provence qui abrite le département de philosophie
La faculté des lettres d’Aix-en-Provence qui abrite le département de philosophie

Si la démocratie se résume à la formule un homme (ou une femme) une voix, c’est-à-dire l’égalité parfaite, l’enseignement supérieur n’est pas absolument « démocratique » en France, puisque le baccalauréat demeure la condition de l’accès à l’université. Cependant le baccalauréat s’avère de moins en moins une barrière à l’entrée depuis, d’une part, l’instauration des bacs pros et, d’autre part, l’adoption par le ministère de l’Education du taux de réussite au baccalauréat comme un indicateur de performance. D’abord, les titulaires d’un baccalauréat professionnel ne sont pas – sauf les exceptions qui confirment la règle –  aptes à suivre les cursus théoriques et abstraits dispensés à l’université. Mais la priorité accordée au taux de réussite a un effet pervers encore plus grave, dans la mesure où elle affecte toutes les sections du baccalauréat, qu’elles relèvent de l’enseignement général, technologique, ou professionnel. Suivant les directives venues d’en haut, relayées par les recteurs et les inspecteurs pédagogiques régionaux, les examinateurs appliquent en effet, chacun dans leur discipline, un barème calibré de telle sorte que le taux de réussite, après l’oral de rattrapage, se situe entre 80 et 90 %, voire davantage. Dès lors, ce n’est plus le niveau des élèves qui détermine l’obtention du baccalauréat  mais un taux de réussite fixé a priori. Il s’en suit immédiatement que non seulement les bacheliers technologiques mais encore nombre de ceux des autres sections – en dehors de la section scientifique qui demeure relativement sélective – s’avèrent de fait inaptes à l’enseignement supérieur.

Néanmoins, le baccalauréat restant la seule condition pour accéder à l’université, celle-ci se voit sommée d’accueillir des « étudiants » qu’une politique plus soucieuse des deniers publics se devrait d’écarter, leur chance de réussite étant nulle. Les universités ne sont d’ailleurs pas seulement contraintes d’agir ainsi, elles y sont incitées puisque les crédits (et les postes d’enseignants) leur sont attribués en fonction du nombre des étudiants inscrits. Quant aux nouveaux bacheliers, tous ceux du moins dont les parents déclarent des revenus inférieurs au plafond de 33.000 €, ils sont également incités à s’inscrire à l’université, même s’ils sont conscients de n’avoir pas les compétences requises, puisqu’ils sont assurés de recevoir une bourse pendant au moins deux ans, quels que soient les efforts déployés et les résultats obtenus.

Il résulte de ce système aberrant que l’on trouve parmi les boursiers une plus forte proportion de « faux étudiants » que dans l’ensemble de la population étudiante, ce que confirment des chiffres récents émanant de la direction statistique du ministère : le taux d’échec des boursiers à la fin de la première année dépasse largement celui de l’ensemble des étudiants de première année.

On doit à la vérité d’ajouter que le système d’allocation des bourses n’est pas le seul responsable de la moindre réussite des boursiers. Ces derniers se recrutent par définition parmi les classes les moins aisées, or le système d’enseignement français est violemment, et de plus en plus, inégalitaire, dans le premier comme dans le second degrés (vingt-sixième des vingt-huit pays européens, à cet égard, selon le classement de la fondation allemande Bertelsmann). C’est ainsi que dans bien des collèges ou lycées des banlieues dites difficiles, les professeurs ont renoncé à enseigner le programme et se montrent satisfaits dès lors qu’ils parviennent à instaurer un minimum de discipline dans leurs classes. Beaucoup de leurs élèves finissent pourtant par « décrocher » le baccalauréat : on comprend qu’ils ne soient pas les mieux armés pour réussir à l’université.

Septembre 2014

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s