Une recension de « L’Esclave » par Jacques Brasseul

Jacques Brasseul
Jacques Brasseul

Nous reproduisons ci-dessous l’article de Jacques Brasseul sans prendre parti dans la polémique qui oppose, en économie, les « néomercantilistes » aux « néolibéraux », ni dans celle qui divise l’opinion à propos du conflit israélo-palestinien.

Le livre de Michel Herland se présente comme un double enchevêtrement, d’abord dans le temps, avec les différentes époques où se meuvent les personnages, ensuite dans le mélange entre roman et digressions théoriques. L’auteur est un économiste, mais pas seulement, on le verra. On a plutôt affaire à un « honnête homme », au sens du XVIIe siècle, c’est-à-dire curieux de tous les domaines et capable d’en disserter intelligemment et de façon amusante pour le lecteur.

Il s’agit d’un roman d’anticipation, puisque l’action se déroule entre le début du XXIe siècle, sa fin, et le début du siècle suivant. L’intrigue joue habilement sur ces différentes périodes, avec un monde européen décadent, peu à peu transformé en califat, en tout cas pour sa partie sud (il n’est pas précisé si l’Europe du Nord y a échappé, ni jusqu’où s’étend cette domination musulmane). Dans les quelques nids d’aigle pyrénéens où se situe une partie de l’histoire, de petits groupes ont échappé à cette influence, et continuent à vivre à l’écart, dans une sorte de bienheureuse autosuffisance, et tolérés par les nouvelles autorités.

Ce premier enchevêtrement temporel nous conduit à travers les amours d’un jeune universitaire aixois, à notre époque, et une de ses étudiantes, celui-là même qui écrit le roman, et qui en dévoile peu à peu les contours à sa jeune maîtresse, en passant par la vieillesse de celle-ci, vers 2080, qui relate ses souvenirs dans son journal, jusqu’aux amours tempétueux de deux jeunes musulmanes, échappées d’un maître et époux cruel, avec deux des hommes qui les reçoivent dans le hameau des Pyrénées où elles trouvent refuge. On a donc affaire à la technique du roman dans le roman, mais aussi à une intrigue tout à fait intéressante, à travers les aventures des deux fugueuses, et leur destin qui se révélera tragique. Les passages érotiques se succèdent, célébrant une sensualité tendre et joyeuse, voulue comme un contraste avec la triste et hypocrite application de la charia dans la vallée, en particulier celle du nouveau converti, Selim, maître d’esclaves livrées à ses caprices sexuels, et finalement maître d’œuvre de châtiments féroces. Cependant un autre islam, humain et savant à la fois, transparaît dans le personnage du père de l’épouse enfuie, Abdenour.

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Complément aux chapitres 3 et 15 de L’Esclave – La présence des Sarrazins en Occident. 

Guerrier maure par Henri Delaborde, 1811-1899
Guerrier maure par Henri Delaborde, 1811-1899

A la fin du XXIe siècle, dans le roman, les « sarrazins » auront « reconquis » le sud de l’Europe. Le terme « Reconquête » (Reconquista) désigne habituellement la récupération de la péninsule ibérique par les chrétiens, après l’occupation de celle-ci par des musulmans omeyades puis almoravides venus d’Afrique du Nord. Le roman suppose donc l’existence future d’une nouvelle Reconquête, musulmane cette fois, sous l’impulsion d’un nouveau Califat basé à Téhéran.

Le terme « sarrazin » (ou « sarrasin ») est utilisé au Moyen-Âge pour désigner aussi bien les arabes et les berbères que les empires musulmans : d’abord omeyade (capitale Damas) puis abbaside (capitale Bagdad). Le monde musulman a englobé à partir de 711-715 (occupation de l’Espagne) des territoires situés en Europe méditerranéenne, laquelle restera un enjeu des guerres entre chrétiens et musulmans jusqu’à la chute du royaume musulman de Grenade (en 1492, fin de la Reconquista).

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